Association des Réserves Naturelles des Aiguilles Rouges

Préambules

En 1974, Jean Eyheralde et Yvonne Gubler, entourés de leurs nombreux et généreux témoins, ont uni leur enthousiasme pour créer la première réserve naturelle de Haute-Savoie, celle qui a si souvent servi de modèle, tant en France que dans toute l'Europe.

Sauvegarder les milieux fragiles, écrins de nombreuses espèces sensibles, a été pour nos précurseurs un véritable sacerdoce. Jean Eyheralde et Yvonne Gubler ont incité leurs amis a oeuvrer pour conserver et entretenir ce merveilleux balcon du Mont-Blanc, jardin d'un paradis rafraîchi par des sources d'eau pure.

Nos deux compères, aussi grands scientifiques que modestes, ont souhaité partager leur savoir sur la richesse de notre patrimoine. Nous leur devons la création d'un chalet-laboratoire et du sentier de découverte du col des Montets, animés par l'association des amis de la Réserve Naturelles des Aiguilles Rouges.

Bien que l'incidence de la disparition de la regrettée Yvonne Gubler et de Jean Eyrehalde soit incommensurable, je suis persuadé que le col des Montets maintiendra son point cardinal, la science du bien associée à l'esprit de tolérance, pour tous les êtres vivants.

Propos de Georges Lacroix - Président d'Asters

Les fondateurs

Jean Eyheralde
† 1922 - 2008

Né en 1922, il se passionne dès l’enfance pour les sciences et la recherche, avec son père et ses frères.

Toute sa vie il fut un scientifique, sans jamais en faire son métier : il a été prêtre à Argentière durant plus de 40 ans.

Il partagea son temps entre la cure et la réserve naturelle des Aiguilles Rouges, dont il présida longtemps l’association d’amis.

Il improvisa un « jardin de rocailles » dans le potager du presbytère, qui finira par attirer tout un réseau de botanistes et qui fut le point de départ de la réserve des Aiguilles Rouges.

Jean Eyheralde se passionna pour des sujets extrêmement variés, allant des lichens à l’art baroque, en passant par l’ensemble des mécanismes de la nature.

En plus d’être un scientifique renommé, il invente, avec Yvonne Gubler, une véritable pédagogie de la découverte de la nature.

Il est décédé le 8 février 2008.

Yvonne Gubler
† 1903 - 2002

Née en 1903 à Lyon, elle passe son enfance et sa jeunesse à Paris.

Après des études de géologie, elle entame sa vie professionnelle avec son mari en Indochine, puis au Maroc.

De retour en France en 1941, désormais veuve, elle est nommée à l’Institut français du pétrole (Ifp) où elle travaillera durant 23 ans.

D’extraordinaires qualités de chercheur et de pédagogue lui permettent d’occuper, de 1969 à 1975, un poste de professeur en sédimentologie à l’Université d’Orsay.

Lorsqu’en 1972 Jean Eyheralde pose les prémices de ce qui sera la Réserve Naturelle des Aiguilles Rouges, il cherche quelqu’un de compétent pour l’aider :
« J’ai pu convaincre Madame Gubler de se laisser « embaucher ».

Elle s’est aussitôt passionnée pour cette entreprise et ce fut le début d’une longue et fructueuse collaboration, parfois animée, toujours stimulante.

Nous avons, par exemple tous les deux imaginé la formule « Le territoire de l’homme, c’est le sentier », convaincus qu’il fallait que l’homme puisse voir, toucher, sentir, marcher dans la nature pour mieux la connaître et, ainsi, mieux la respecter sans la traumatiser. »

Madame Gubler apportera beaucoup à la Réserve des Aiguilles Rouges naissante. Son savoir et son autorité en matière scientifique lui permettront de s’entourer d’autres personnalités, créant de ce fait un vrai Comité Scientifique.

Elle fait preuve de simplicité et d’humilité, mais on la sait si savante : « Elle appartient à cette génération de géologues, remarquables naturalistes, qui s’intéressent à toutes les disciplines des Sciences de la Terre ».

En 1973, elle choisit de vivre définitivement au Lavancher . L’ancienne ferme achetée en 1947 devient un lieu de rendez-vous pour tous ses amis scientifiques, pour tous les amoureux de la nature.

Elle y accueille également les étudiants qui, en stage d’été au col des Montets, souhaitent peaufiner leur méthode de recherche ou ont besoin d’un renseignement, d’un encouragement.

« Pour elle, il n’y avait pas de savoir prédigéré. Elle voulait comprendre et, surtout, faire comprendre. »

Madame Gubler accomplit, au sein de la Réserve des Aiguilles Rouges, une troisième vie « professionnelle » en présidant le Comité Scientifique, en participant largement à la vie de la Réserve et en dispensant sans compter ses connaissances à qui lui semble intéressé, professionnel ou amateur, jeune ou moins jeune.

Une grande scientifique, une grande dame !

Gilbert Amigues

Né le 21 mai 1929 dans le nord de l’Hérault où son père est instituteur, il mène une enfance campagnarde, entre chasse, pêche et cueillette, dans un esprit familial et écologiste.

Il fait ses études à l’Institut national agronomique entre 1948 et 1950, puis intègre l’Ecole nationale des eaux et forêts de Nancy (1950-1952).

Il débute sa carrière en Algérie, en pleine guerre, puis arrive en Haute-Savoie en 1961.

Suite à la réforme du ministère de l’Agriculture en 1965, Gilbert Amigues prend la direction du premier service de la DDA , chargé de l’administration des forêts, de la chasse et de la pêche.

Gilbert Amigues parviendra à faire mettre plus de 70 000 hectares en réserve de chasse.

Il est à l’origine de la politique de création des réserves naturelles en Haute-Savoie, ainsi que de nombreux projets de réintroductions dans ce département (bouquetins, castors, gypaète barbu).

Il quitte la DDA le 1er janvier 1985 pour devenir inspecteur général de l’office national de la chasse.

Il a pris sa retraite en mai 1994.

Yves Pungier
† 1930 - 2014

La présence d’Yves Pungier à la mairie de Chamonix est un atout majeur pour la création de la réserve naturelle des Aiguilles Rouges, et pour sa gestion ultérieure ; les relations avec Maurice Herzog en sont considérablement simplifiées.

Maurice Herzog
† 1919 - 2012

Né en 1919 à Lyon, il se lance dans des études de droit à Paris, puis de sciences à Lyon, en plus d’être diplômé d’HEC.

En 1950, il dirige la première expédition à gravir un sommet de plus de 8000 m, l’Annapurna.

Il occupera ensuite les postes de haut commissaire puis secrétaire d’Etat à la Jeunesse et aux Sports (1962-66), de député UNR du Rhône (1962-63) puis de la Haute-Savoie (1967-78). De 1968 à 1977, il était maire de Chamonix.

Maire de Chamonix, c'est sous sa mandature que la Réserve du Col des Montets a été créée (juin 1971), prémice de la future réserve des Aiguilles Rouges et qu'en 1976 a été inauguré le chalet du col des Montets.

Daniel Arquilliere

Né en 1932 dans le département du Rhône, de parents agriculteurs, il est attiré très tôt par la nature.

Il entame une carrière d’agent technique des eaux et forêts et passe 9 ans à Saint-Ferréol, en Haute-Savoie.

Après avoir réussi, en 1965, le concours de chef de district, il est nommé à Chamonix où il restera jusqu’en 1984.

Daniel Arquillière est à l’origine du projet de protection du col des Montets, site qu’il avait remarqué dès son arrivée à Chamonix.

Il convaincra donc Jean Eyheralde de recréer son jardin botanique au col des Montets.

Il achèvera sa carrière au service de Restauration des Terrains de Montagne à Annecy, avant de prendre sa retraite.

De la genèse à nos jours

De 1960 à 1967

M. Jean EYHERALDE, curé d'Argentière, passionné de botanique, transforme le jardin de la cure en "jardin alpin".

Le jardin est visité, c'est un lieu de rencontre de nombreux scientifiques (botanistes, lichénologues, ...) en villégiature dans la vallée de Chamonix.

1967

Un télésiège partant du village d'Argentière dessert un replat situé à 1800 m d'altitude. C'est le télésiège de la FIS.

M. Jean EYHERALDE propose au promoteur de créer, durant la saison estivale, une "animation scientifique" sur le site, à l'arrivée du télésiège.

Un sentier botanique est créé, des étudiants le font visiter. Une première animation pédagogique sur le milieu montagnard est mise en place.

1968

A l'occasion de la mise en place de la loi Verdeille, sur proposition de la DDAF (M. G. AMIGUES) et des ACCA intéressées, sont érigés en réserve de chasse intercommunale, les terrains d'une contenance de 12 481 ha sur les communes d'Arâches, Chamonix, Les Houches, Magland, Vallorcine, Morillon, Passy, Saint Martin / Arve, Samoëns, Servoz et Sixt.

1970-1971

Un accident dramatique survient et l'usage du télésiège de la FIS est définitivement proscrit.

M. EYHERALDE contacte les maires des communes de Vallorcine et Chamonix en vue de créer une zone protégée au col des Montets. Le site du col des Montets est en effet malmené par une fréquentation intense et assez sauvage.

MM. HERZOG et CANAT donnent leur accord. Un premier périmètre de 658 ha est délimité de part et d'autre du col des Montets recouvrant des territoires communaux dont une partie est dans la réserve de chasse Arve-Giffre (arrêté municipal du 9 juillet 1971).

1972 - 1973

Création d'une Réserve Naturelle Intercommunale par arrêté municipal, recouvrant en grande partie le massif des Aiguilles Rouges, sous l'impulsion de la DDAF (G. AMIGUES, J.P. GRILLET) et avec l'accord de M. EYHERALDE.

Création de l'Association des Amis de la Réserve Naturelle (22 juin 1972) à laquelle est confiée l'animation et la gestion de la réserve.

Devant l'ampleur de la tâche, les communes et l'association demandent, au bout d'une année, l'aide de l'Etat pour assurer la pérennité de la réserve et les moyens nécessaires pour assurer son fonctionnement et son animation.

1974

Création de la Réserve Naturelle des Aiguilles Rouges (superficie 3 278 ha 73 a 10ca) par arrêté ministériel du 23 août 1974 sous l'impulsion de J. EYHERALDE.

Création d'un Comité Consultatif de la Réserve Naturelle prévue à l'art 19 de l'arrêté ministériel, par Yvonne GUBLER.

Création d'un Conseil Scientifique de la réserve des Aiguilles Rouges.

1976 - 1978

Ouverture du Chalet-laboratoire du col des Montets construit par la commune de Chamonix avec l'aide du Ministère de l'Environnement.

Le Comité Scientifique de la réserve des Aiguilles Rouges se transforme et donne naissance au Comité Scientifique des Réserves Naturelles de Haute-Savoie par arrêté ministériel du 3 juillet 1978.

1991

Création par décret ministériel n° 91 258 du 5 mars 1991 de la Réserve Naturelle de Carlaveyron, à l'extrémité sud-ouest du massif des Aiguilles Rouges.

1992

Création par décret ministériel n° 92 1007 du 17 septembre 1992 de la Réserve Naturelle du Vallon de Bérard, limitrophe à la Réserve Naturelle des Aiguilles Rouges sur son versant nord.

2008

Annulation, par la Cour d'Appel administrative de Lyon, de l'arrété ministériel du 23 août 1974.

2010

Nouveau Décret Ministériel du 27 janvier 2010 recréant la Réserve naturelle des Aiguilles Rouges en en modifiant le périmètre.