Association des Réserves Naturelles des Aiguilles Rouges

Introduction

Les étudiants qui font des stages au sein de la Réserve Naturelle des Aiguilles Rouges, peuvent être amenés à réaliser des Études diverses afin de compléter leurs actions sur le terrain.

Le sujet est librement choisi par l'étudiant, mais il doit être en relation directe avec les sujets abordés par l'association.

L'étude est validée par des membres du conseil scientifique.

elle peut donner lieu à une édition papier sous forme de dépliant qui est en général consultable au Chalet d'accueil de la Réserve.

Visite de la réserve naturelle des Aiguilles Rouges et de la vallée de Chamonix par trois étudiant-e-s géographes

Compte-rendu rédigé par trois étudiants géographes de l'université Lyon 3 à l'occasion de leur visite dans la vallée, fin juin 2013.

Par Victorie Perrier, Fanny Pommier, Charles-Elie Prost

Samedi 15 juin 2013

Tous les Lyonnais le savent : depuis les hauteurs de leur ville, on peut apercevoir le Mont Blanc.

Certes, mais il nous a tout de même fallu plus de 2h30 pour s’en approcher.

Après ce trajet de début de matinée, nous voilà enfin à deux pas de Chamonix, au point de rendez-vous où nous attend notre professeur et guide d'excellence, M. Rougier.

L'occasion de découvrir cette vallée pour certains et se remémorer des souvenirs pour d'autres à travers les petites routes qui nous emmènent jusqu'au chalet où nous allions séjourner.

Les bagages tout justes déposés, nous nous rendons au col des Montets, pour y découvrir la Réserve naturelle des Aiguilles Rouges.

On apprendra que celle-ci tient son nom de la teneur en fer des roches du massif, qui lui donne une couleur rougeâtre lorsque le soleil affleure à l’horizon, à l’aube et au crépuscule.

Là nous retrouvons des camarades de classe présents ici pour un stage de deux semaines comme animateurs nature.

Une belle balade pédagogique – et gratuite pour le moment – nous attend, en compagnie d’animateurs passionnés qui nous présentent les bouquetins à quelques mètres de nous, avec qui ils sont familiers (chacun a son prénom !).

Nous pouvons observer de nombreuses espèces végétales, qui sont chacune identifiées sur le site par de petits panneaux.

En sus de cette biologie, qui nous demande d’être attentifs à l'endroit où nous mettons les pieds (rien ne peut être cueilli bien sûr), la vue à quelques kilomètres au loin est magnifique et nous permet de mieux appréhender ces paysages particuliers.

Il suffit de lever les yeux pour remarquer quel versant connaît des coulées d’avalanches récurrentes : les arbres, peu nombreux et peu développés, sont penchés (malgré leur volonté de pousser droit).

Par ailleurs, c’est l’occasion idéale pour réviser de manière concrète notre typologie des glaciers, dont on retrouve une bonne diversité : glacier de vallée, glacier suspendu, glacier régénéré, etc.

On voit également d’énormes rochers de plusieurs tonnes déposés par les glaciers (qu’on nomme blocs erratiques), et autres traces qu’ils peuvent laisser sur leur passage après s’être retirés.

Autant d’indices qui nous laissent imaginer des paysages recouverts de glaces il y a à peine deux siècles (avant la fin du petit âge glaciaire).

L’après-midi se poursuit en vallon de Bérard, où nous accompagnons Charles Tissot, qui y étudie la fluctuation du débit d'un torrent en fonction des heures du jour et de la nuit et qui se préparait pour un bivouac d'une nuit.

Nous avons aussi marché dans un mélézein, c'est-à-dire une forêt composée de mélèzes, conifères très présents ici.

On peut y voir d’impressionnants blocs de granite, qui sont ici des roches moutonnées du fait des glaciers qui descendaient plus bas autrefois et qui les ont façonnés.

Nous sont montrées sur ces roches d’impressionnantes stries glaciaires, autrement dit comme des rayures à leur surface, toutes parallèles.

Elles sont dues au frottement de la moraine glaciaire (composée de graviers de différentes tailles) sur ces blocs rocheux au fur et à mesure de l’avancée du glacier.

On y découvre au détour du chemin une belle vue sur la vallée de Vallorcine puis nous nous arrêtons un instant près d'une cascade et de la Grotte Farinet dont l'histoire amusante est à découvrir sur place.

En conclusion, une belle balade qui nous a donné envie de continuer sur le sentier pour en découvrir plus sur les secrets de cette montagne !

Nous avons terminé la journée par une plongée dans les secrets du petit village de Vallorcine semblant comme coupé du monde entre ses montagnes.

Nous nous sommes arrêtés dans un petit hameau miniature ou les maisons sont étrangement basses.

Notre professeur nous explique ainsi que cette architecture est une adaptation des habitants aux dangers de la montagne et notamment des avalanches.

Les maisons sont construites très basses et le premier étage est presque enterré dans le sol (comme on peut le voir sur la photo suivante).

Nous avons continué la visite près de la gare pour observer entre autre un vieux mazot construit sur pilotis puis enfin l'Eglise, à l'écart du reste du village et entourée d'un paravanlanche.

Il est assez surprenant pour nous de voir comment des populations se sont adaptées, par leur mode vie, à une conséquence de la nature qui nous, nous effraie encore.

Nous terminons par observer les "Hérens", ces bovins impressionants qui font la fierté de la région puis nous quittons notre guide et nos collègues stagiaires.

Profitant de notre temps libre, nous avons entrepris une petite visite de Chamonix.

Ville plus touristique et non moins sympathique, l'ambiance est à la fête puisque nous sommes accueillis dès notre arrivée par un spectacle de cirque attroupant une foule joyeuse.

Mais notre gourmandise est plus forte et c'est une boutique de spécialités gastronomiques qui nous attire pour ramener quelques saveurs savoyardes jurassiennes, chablaisiennes et beaujolaises jusque dans nos assiettes.

Nous pouvons le dire maintenant, ce fut succulent!

Nous avons continué par une petite promenade dans la rue piétonne, aperçu le casino magnifique, l'Eglise pleine de charme avant de se faire surprendre par la pluie et de rentrer.

C'est également l'occasion pour nous de vanter le chalet dans lequel nous avons été logés, le chalet Pierre Semard, où les repas, les chambres, l'accueil et l'ambiance étaient très agréables!

Dimanche 16 juin

Le lendemain matin, nous montons à travers Chamonix et les Praz pour avoir le plus beau point de vue sur le Mont-Blanc.

M. Rougier nous donne alors de nombreuses explications sur le glacier des Bossons, l'"âne" du Mont Blanc et nous montre les différents monts visibles.

Ensuite, nous avons pu apercevoir une friche touristique, une ancienne cabine de téléphérique abandonnée.

Même si elles sont peu visibles, des friches sont la preuve des évolutions touristiques de cette vallée.

Le tourisme de montagne a connu lui aussi des évolutions (nombre de touristes, activités pratiquées…) et celles-ci peuvent êtres visibles dans le paysage.

Puis, nous avons traversé la vallée pour rejoindre les Houches, monté par une route escarpée jusqu'au parc de Merlet.

Depuis ce site, grâce à sa hauteur, nous avons un point de vue très intéressant sur le versant opposé.

A nouveau, notre guide nous décrit le paysage, nous l’explique et nous parle de l’incendie meurtier dans le tunnel du Mont-Blanc s’étant produit le 24 mars 1999 (39 personnes sont mortes, d’autres ont été portées disparues…).

Après être revenus au chalet pour pique niquer et écouter le récit de l’élève ayant bivouaqué sur le site de son étude, nous avons pu profiter d’un instant libre pour nous promener dans la réserve.

Ce site est très intéressant par la diversité de ce que l’on peut y voir (faune, flore) et par l’organisation des sentiers.

La photo ci-dessous est celle d’un bouquetin vu dans le parc.

Ensuite, nous nous sommes rendus sur les sites de Montroc et du Tour.

On peut en effet y observer les stigmates qu’ont laissées les avalanches meurtrières de 1999.

Survenue le 9 février 1999, l’avalanche de Montroc a tué 12 personnes, seuls 3 chalets sur 17 ont résisté à sa puissance dévastatrice.

En ce lieu, est dressée une croix en souvenir de cet évènement tragique dans la vallée.


Cette année 1999 apparait dès lors comme une année terrible.

En étant en ces lieux, nous avons pu comprendre ce que signifiait « terrible », que ce soit par les marques des avalanches meurtrières ou de l’incendie du tunnel que par les discours nous expliquant les faits.

Par la suite, nous nous mettons en route pour Le Lavancher, signifiant avalanche en ancien dialecte local, on sait dès lors à quoi s’attendre!

Les traces des avalanches passées dans le paysage se traduisent aussi au niveau des constructions humaines : les maisons sont bâties à demi ensevelies et différents types de paravalanches sont observables, pour les casser ou les détourner de leur trajectoire.

Évidemment certaines maisons sont sur des lieux plus à risque que d’autres, mais le risque fait partie de la vie dans cette vallée de Chamonix.

Par exemple l’ancien hôtel que l’on voit sur cette photo au Planet possède un mur paravalanche (entouré en rouge sur la photo) pour se protéger.


Ce site est très intéressant d’un point de vue géomorphologique en ce que l’on peut y voir différentes conséquences dues à la présence ancienne de glaciers (terrasse de Kame ou roches striées à plus grande échelle par exemple).

Ici, on a pu retracer la formation du site grâce aux indices visibles dans le paysage.


Notons qu’il est possible de faire de nombreuses balades selon les goûts de chacun, que ce soit de l’ « alpinisme de plaine », du tourisme doux ou inversement, ces espaces sont accessibles à tous.


Nous nous sommes quittés un peu plus bas dans la vallée, devant un énorme caillou intrigant où il était inscrit 1825.

Notre guide nous a ainsi expliqué que c'est le lieu où se situait de glacier des Bois en 1825 ce qui a eu son petit effet, nous avons repris la route impressionnés!

Conclusion

Ces deux jours dans la vallée de Chamonix nous ont beaucoup appris.

Que ce soit quant à la formation des paysages en milieu alpin, à l’étude des paysages présents ou même à des questionnements actuels.

Par exemple, de nombreuses explications nous ont amené à nuancer les discours dramatiques que l’on peut entendre concernant le réchauffement climatique.

Nous avons appris que les glaciers ont déjà connu des périodes de fortes fontes il y a plusieurs siècles.


La visite de la vallée de Chamonix doit être faite avec une attention particulière portée aux risques dans ces espaces de montagne.

Ainsi, il ne faut pas oublier les divers incidents, notamment les plus meurtriers, ne pas oublier que la nature a le dessus par sa puissance.


Mais c'est encore davantage la beauté du paysage, l'ambiance chaleureuse des villages, le calme et les mystères des lieux, qui ont retenu notre attention.

De quoi terminer ce séjour (trop court!) sur une promesse: nous reviendrons user nos chaussures de randonnées...Et vite!


Pour terminer, nous tenons à remercier chaleureusement l’ARNAR (Association des Réserves Naturelles des Aiguilles Rouges) pour nous avoir offert le gîte et le couvert, et M. Henri Rougier pour le temps qu’il nous a consacré, les savoirs qu’il a partagé et le plaisir qu’il nous a donné tout au long de ce week-end.

Les papillons de jour



Etude réalisée par Vincent BOURRET

au sein de l'association en juillet 2011.