Association des Réserves Naturelles des Aiguilles Rouges

Géologie du massif des Aiguilles Rouges

Le massif des Aiguilles Rouges fait partie, comme le massif du Mont-Blanc, des massifs cristallins externes des Alpes.

Les Alpes sont le résultat de la plongée (subduction) vers le sud de la plaque européenne sous la plaque africaine (dont l’Italie fait partie).

Lorsque tout l’océan alpin (dont la croûte est bien visible dans de nombreux sommets à Zermatt) fut subducté, la collision entre les continents européen et africain a commencé, dont les reliefs actuels des Alpes sont la conséquence.

Le socle des Aiguilles Rouges est essentiellement d’âge hercynien.

Mais l’histoire de ce continent européen est bien antérieure : c’est celle de la chaîne hercynienne, d’âge carbonifère : 359-299 millions d’années (Ma).

Les roches les plus anciennes dans le massif des Aiguilles Rouges (les roches basiques du lac Cornu) datent de 453 Ma.

L’essentiel des granites et migmatites (roches contenant des parties fondues) date de 330 Ma (granites des Chéserys et de Pormenaz).

Puis vient le granite de Vallorcine (306 Ma), juste avant le granite du Mont-Blanc (303 Ma) dont l’origine est plus profonde.

Cette chaîne hercynienne a été complètement arasée au Permien (295-250 Ma), et des sédiments se sont déposés à partir du Trias (250 Ma), bien visibles dans les Aiguilles Rouges sur le sommet de l’Aiguille du Belvédère, et de façon plus spectaculaire dans les chaînes des Aravis et du Haut Giffre.

Si les roches du Trias sont restées à l’endroit où elles se sont déposées (roches autochtones), les sédiments secondaires au dessus du Trias (200 à 64 Ma) se sont généralement décollés du socle, et ont formé ce que l’on appelle des nappes de charriage.

Roches rencontrées dans le massif des Aiguilles Rouges

Les roches cristallines rencontrées dans le massif des Aiguilles Rouges sont très variées : divers types de gneiss : orthogneiss (granites écrasés) ordoviciens, gneiss rubanés (sédiments métamorphisés), micaschistes, amphibolites, éclogites, marbres, metagrauwackes (roches détritiques grossières métamorphisées).

Elles sont orientées surtout N-S de la région du lac Cornu et des lacs Noirs jusqu’au Vallon de Bérard, et prennent une orientation NNE-WSW quand on se dirige vers Emosson.

La discordance des sédiments du Trias, autochtone, surmonté par un mesozoïque indifférencié est une figure géologique majeure du massif des Aiguilles Rouges.

La discordance des sédiments sur le socle est bien visible au sommet de l’Aiguille du Bélvédère et quand on fait l’ascension du Buet : elle est spectaculaire au niveau de l’Aiguille de Salenton.

Ces sédiments proviendraient de la zone de Chamonix et, peut-être, des sédiments éjectés qui se trouvaient entre le Mont-Blanc externe et le Mont-Blanc interne (voir coupe géologique).

Pour en savoir plus

  • le livre de référence est : Jürgen von Raumer and François Bussy 2004 - Mont Blanc and Aiguilles Rouges, Geology of their polymetamorphic Basement. Mémoires de Géologie (Lausanne) n°42, 204 pages.
  • Michel Delamette, 2002 – Le pays du Mont-Blanc, neuf itinéraires à travers paysages et roches du Mont-Blanc et du Haut-Faucigny. Editions Gap, 269 pages.
  • Jean-Michel Bertrand, Jean Boissonnas et Bernard Poty, 2010 - Un aperçu de la géologie autour du refuge du Lac Blanc, Aiguilles Rouges, Haute Savoie.http://www.ffcam.fr/publications.html
  • Michel Marthaler, 2001 - Le Cervin est-il africain? Editions Loisirs et pédagogie.

La Géomorphologie du massif des Aiguilles Rouges

Nettement moins élevées que le massif du Mont-Blanc (2965m au Belvédère), faites de schistes cristallins bien davantage que de granite, les Aiguilles Rouges sont un complément plutôt qu'un concurrent au Mont-Blanc. Leurs sommets, moins difficiles mais pas dénués d'intérêt, servent d'école d'escalade de manière profitable. La continuité, l'étroitesse et la fissuration de ces schistes ont gêné la formation d'un réseau de vallées (sauf le vallon de Bérard).On signalera comme un objet précieux le chapeau de roches sédimentaires plaqué au sommet du Belvédère, témoin de l'ancienne couverture du massif.

Les réserves naturelles des Aiguilles Rouges, du vallon de Bérard et de Carlaveyron recèlent un patrimoine géomorphologique absolument remarquable, tant par sa richesse que par sa diversité.

La géomorphologie -science spécifique qui étudie les formes du relief terrestre et leur évolution- trouve ici un morceau de choix. Qu'il s'agisse de la géomorphologie structurale ou de la géomorphologie climatique, les formes et paysages offrent une palette très fournie.

Nous nous trouvons principalement en haute-montagne, monde minéral, nival et glaciaire par excellence : le relief y est avant tout structural, tandis que le modelé s'inscrit dans les domaines glaciaire, périglaciaire et nival. Les processus morphodynamiques actuels sont particulièrement actifs et se déclinent tout naturellement en avalanches, laves torrentielles et éboulements, l'ensemble du massif étant soumis à des conditions climatiques rudes.

En 2010 deux étudiantes de l'université Paris IV (Sorbonne) ont effectué une reconnaissance préliminaire du patrimoine géomorphologique de la Réserve naturelle des Aiguilles Rouges.

Fin juin 2012, à l'invitation d'Henri Rougier, la "commission Patrimoine Géomorphologique" du Comité National Français de Géographie a été reçue au chalet du Col des Montets et a effectué une excursion en vallon de Bérard.

On trouvera ci après le rapport qui en a été établi.

Voici ce qu'à la fin des années 1940, le grand Géographe Raoul BLANCHARD (fondateur de l'institut de Géographie Alpine de Grenoble et de la "Revue de Géographie Alpine") écrivait à propos des Aiguilles Rouges, dans son ouvrage magistral "Les Alpes occidentales" (12 volumes) :

"Les Aiguilles Rouges, encore une chaîne dédaignée : non pas qu'on évite de la visiter, car des milliers de touristes escaladent chaque année les pentes du Brévent et de la Flégère. Mais c'est pour leur tourner le dos ! "Ce qu'on va chercher aux Aiguilles Rouges, c'est un belvédère pour contempler le Mont-Blanc. La chaîne reste comme obscurcie par l'ombre de son puissant voisin."

Les glaciers de la Réserve Naturelle des Aiguilles Rouges

Bien que les altitudes soient modestes et peu favorables à un enneigement persistant l’été puisque l’aiguille du Belvédère culmine à 2965 m, l’englacement est bien présent dans la Réserve Naturelle des Aiguilles Rouges !

Principalement situés dans le vallon de Bérard, voici quelques beaux appareils glaciaires de quelques centaines de mètres de longueur, taille pyrénéenne, bien en dessous de l’altitude moyenne de la ligne de neige alpine estivale des 3000 m, mais principalement cantonnés en face nord : ce sont les glaciers de la Floria, de Bérard, d’Anneuley et de Beugeant maintenant coupé en deux, glaciers plutôt propres en opposition aux glaciers du Mort et du col de Bérard, bien réduits et recouverts de débris détritiques d’érosion des gneiss. Quelques reliques glacées orientées Est n’ont pas pu résister aux étés chauds récents, comme le glacier du Dart sous le Belvédère, à l’origine du verrou et surcreusement du célèbre Lac Blanc, ou bien ce névé glacé relique du col de Salenton, en voie de disparition.

Tous ces glaciers sont en décrue rapide depuis les années 1990, voire voués à disparaître si la ligne de neige ne redescend pas dans les années qui viennent. Cependant ils sont très réactifs au climat de l’année et peuvent se refaire une santé rapidement en cas d’enneigement favorable et d’été moins chauds que ces dernières vingt années. Ce sont en effet ces températures d’été récentes qui font diminuer rapidement nos grands glaciers alpins, en volume, surface et longueur, comme ceux voisins du Mont-Blanc

On peut penser qu’ils retrouvent leur état du Moyen Age, avant le Petit Age Glaciaire (1580-1830) qui leur a permis de s’allonger quelques deux siècles et demi et de construire ces belles moraines bien nettes en face Nord du vallon de Bérard, témoignant leur vigueur passée !

Il est important aujourd’hui de continuer d’enregistrer les variations et retrait de ces glaciers « témoins », pour en mesurer un peu plus leur sensibilité grâce au déploiement des mesures climatologiques d’aujourd’hui qui n’existaient pas auparavant et qui permettent une meilleure corrélation et compréhension avec l’évolution de notre climat !

Et si vous passez par là, n’hésitez pas à jeter un œil sur les délaissées glaciaires, terrain à nouveau déglacés depuis le minimum de l’holocène, probablement il y a 6 000 ans avant aujourd’hui…


Par Luc Moreau, Glaciologue, membre associé du Laboratoire Edytem CNRS

Bibliographie : Mémoire d’Andrès REES CATALÁN, juin 2012